Des grèves et de la résignation

Aujourd’hui une grève nationale a réuni les lycéens et les professeurs italiens. La rentrée des classes en Italie a été ponctuée cette année par des protestations de la part des enseignants précaires et des étudiants. Déjà le 12 septembre les enseignants avaient crée des difficultés au trafic sur le détroit de Messine. Le 13, quand la rentrée s’est faite dans 10 des 20 régions italiennes, les associations d’étudiants ont protesté. Les manifestations ont continué après dans différentes régions, et jusqu’à aujourd’hui, contre les réformes qui sévissent depuis des années. La loi financière de 2008 avait déjà effacé 8 milliards d’euros au compartiment de l’éducation et depuis, la réforme du ministre de l’éducation Nationale, Mme Gelmini, a crée beaucoup de mécontentement. Ce n’est pas le fait de réformer le système de l’Éducation nationale qui scandalise les enseignants et les étudiants. La plupart des intéressés sont d’accord sur l’opportunité des changements.


La réforme de Mme Gelmini consiste, selon beaucoup, en une simple série de « coupures » , dont la plupart sont effectuées de manière indiscriminée. Le rapport OCDE 2010 sur l’éducation a confirmé que l’Italie consacre peu de fonds à l’éducation et que ceux-ci sont mal dépensés. Ce qui est inquiétant est que ce rapport 2010 se réfère aux données 2008, quand les fameuses « coupures » n’avaient été effectuées qu’en partie. Déjà en 2008 l’Italie ne dépensait que 4,5% de son PIB pour investir dans la connaissance, alors que la moyenne OCDE est du 5,7%. On se demande à quel point les réductions des dépenses que le gouvernement a effectué après 2008 ont pu avoir une retombée sur la société actuelle. Les dépenses par étudiant en Italie sont aussi inférieures à la moyenne OCDE, contrairement à ce qu’était le cas dans les rapports OCDE précédents, et ceci à cause des spécificités italiennes comme l’insertion des handicapés dans les classes, ou les diverses possibilités d’individualisation (les coprésences d’enseignants, par exemple).

Mais en quoi consistent ces « coupures » ? Il ne s’agit pas exclusivement d’énormes coupures des fonds consacrés à la Recherche et à L’Education. Depuis la dernière année scolaire, à l’école primaire il n’y a qu’un seul enseignant par classe, alors que jusqu’à l’année d’avant il y avait trois enseignants toutes les deux classes. L’horaire hebdomadaire légal n’a été réduit qu’à 24 heures pour l’école primaire. Suite aux protestations des associations des enseignants et des parents, la loi a offert la possibilité d’activer certains cours de plus longue durée (qui étaient déjà prévus avant la réforme), dans lesquels les enfants peuvent rester à l’école l’après-midi et ceci sur la demande des parents. Malheureusement, à cause du manque des fonds, tous les cours à temps prolongé que les parents demandent n’ont pas été activés. Au collège aussi, la possibilité légale d’incrémenter l’horaire hebdomadaire sur demande des parents n’est pas toujours une possibilité concrète pour les familles. La réforme des lycées est encore plus profonde, elle a démarré cette année scolaire et elle est destinée à se parfaire jusqu’à l’année scolaire 2014-2015. Dans ce cas aussi, les heures d’enseignement ont été drastiquement réduites, aux dépens des postes d’enseignement disponibles, mais aussi, souvent, aux dépens des laboratoires et d’autres heures de cours qui caractérisaient tel ou tel lycée.

Ce qui inquiète surtout les étudiants, les parents et les enseignants est le climat tendu dans lequel toutes ces réformes ont été mises en acte. Au cours de la dernière année scolaire beaucoup de collèges d’enseignants ont exprimé des opinions négatives sur cette « Réforme Gelmini », alors que les dirigeants régionaux ont eu souvent des attitudes de censeur. Par exemple, le dirigeant de l’éducation pour la région Emilia Romagna est célèbre pour avoir envoyé une communication aux directeurs d’école en leur demandant de veiller à ce que les documents exprimant des positions critiques envers la réforme ne soient pas distribués auprès des étudiants ou de leurs familles. Récemment, le même dirigeant a obtenu qu’un enseignant subisse un rappel disciplinaire pour avoir demandé l’intervention d’un inspecteur dans un cas de conflit avec son directeur au sujet de la réforme. Dans d’autres régions aussi, des épisodes semblables fomentent la tension en empêchant une échange réelle au sujet d’une réforme pourtant nécessaire. Les enseignants sont déjà des interlocuteurs particulièrement fragiles car les quelques 150000 précaires obtiennent année par année des contrats à temps déterminé, ils sont parfois obligés à travailler dans plusieurs écoles différentes au cours de la même année scolaire, doivent affronter des périodes de chômage plus au moins longues (tous chôment pendant les grandes vacances, certains ont de périodes de chômage au cours de l’année aussi), gagnent dans les 1200-1300 euros par mois travaillé plein temps, n’ont pas d’augmentations salariales par rapport aux années de travail tant qu’ils sont précaires et peuvent attendre des dizaines d’années avant de devenir titulaires. Les allocations de chômage ne sont pas accordées d’office, mais sur la base du temps travaillé dans les deux années précédant la demande, donc il est fréquent, surtout au cours des premières années de service, d’être au chômage sans allocations.
Ce qu’à l’étranger est souvent interprété comme une « résignation des italiens » face à la pénurie d’aides financières gouvernementales pour les familles, les étudiants et les enseignants ou encore face à ces réformes inconsidérées, est souvent le résultat d’une situation bien plus complexe, dans laquelle les nécessités immédiates soustraient des énergies à la protestation et à la revendication durables et efficaces.